Surtout lorsqu’il s’agit d’un bien en construction, souvent appelé aux Émirats off-plan, de paiements échelonnés, d’un échéancier, de plusieurs biens et de projets de revente.
Dans ces transactions, il est essentiel de ne pas simplement acheter, mais d’assurer ensuite un bon suivi : échéancier, échanges avec le promoteur, possibilité de revente, autorisation du promoteur, transfert et risques de manquement au contrat.
Une cliente m’a récemment contacté pour une situation qui illustre bien les conséquences possibles d’un manque de suivi après l’achat.
Les noms du client, du courtier précédent, des responsables, du projet et du promoteur sont masqués. Certains détails ont été modifiés ou généralisés pour préserver la confidentialité. Le fond du cas et la logique des actions sont conservés.
Ce n’est pas un conseil juridique, mais une analyse pratique de l’accompagnement par un courtier dans une situation complexe d’achat sur plan aux Émirats.

La situation de départ
La cliente avait acheté deux biens dans un projet en construction à Ras Al Khaimah, sur Al Marjan Island.
Les deux étaient des studios avec vue mer. Le plan initial était logique : en acheter deux, en revendre un après une hausse de prix et utiliser le produit pour continuer à payer le second.
Elle ne prévoyait donc pas d’assumer sans limite les deux biens jusqu’à la remise des clés. La stratégie reposait sur la vente anticipée de l’un pour soutenir l’autre.
Sur le papier, cela peut sembler raisonnable, à une condition : quelqu’un doit suivre l’échéancier, les dates de paiement, les conditions de revente et la position du promoteur.
C’est précisément là que les problèmes ont commencé.
Ce qui a mal tourné
Le problème principal n’était pas un refus de payer. Les échanges et documents montraient autre chose : la cliente essayait de comprendre, pensait suivre le schéma discuté auparavant et croyait qu’un autre échéancier avait été convenu.
Les anciens échanges mentionnaient un échéancier individuel : dépôt initial, paiement suivant, puis paiements réguliers tous les six mois. Il y avait aussi de la confusion sur les montants crédités à chacun des deux biens.
L’ancien courtier pensait que les pourcentages payés étaient à peu près égaux pour les deux biens. Le promoteur a ensuite présenté une autre répartition : davantage payé sur l’un, moins sur l’autre.
En pratique, cela signifie que le client pouvait croire avoir payé plus d’échéances à l’avance que ne l’indiquait le système du promoteur.
Avec deux biens, l’erreur devient particulièrement dangereuse. Un échéancier mal compris suffit à créer des retards sur deux contrats à la fois.
Notification de manquement au contrat : quand la situation est devenue critique
À un moment, le promoteur a envoyé une notification de manquement au contrat, souvent appelée aux Émirats default notice.
La dette réclamée pour les deux biens était d’environ 278 000 AED. Le délai de réaction était limité. Sans réponse ou règlement du problème, le promoteur pouvait engager la procédure de manquement au contrat pour les deux biens.
Ce n’était plus un simple rappel de paiement. À ce stade, on ne peut pas « réfléchir une semaine » ni attendre qu’on vous rappelle spontanément.
Il y a alors trois risques :
- perdre un bien ;
- perdre les deux ;
- prendre une mauvaise décision dans la panique, sans comprendre les chiffres.
Quand la cliente est venue me voir, il fallait reconstituer vite l’ensemble : biens achetés, sommes payées, origine des arriérés, proposition du promoteur et possibilité de sauver la situation.
La proposition du promoteur
Le promoteur a proposé deux options principales.
Première option — régler tous les arriérés des deux biens et poursuivre les deux contrats.
Deuxième option — annuler un bien, retenir une pénalité de résiliation et transférer le reste des sommes déjà versées vers le second.
La seconde option paraît douloureuse : perdre un bien et payer une pénalité. Mais sans les fonds nécessaires pour solder toute la dette, elle peut éviter de tout perdre.
En substance : soit le client régularise les deux biens, soit l’un est annulé et l’autre conservé dans une situation plus nette.
Une proposition pénible, mais concrète, pour régler la situation.
Ce que nous avons fait
D’abord, je n’ai ni discuté sous le coup de l’émotion ni accusé tout le monde. Les émotions sont compréhensibles, mais n’aident pas. Il faut un travail documentaire. Nous avons avancé par étapes.
Reconstituer la chronologie
Nous avons réuni anciens courriers, rappels de paiement, contrats de vente et de réservation, factures et échanges avec les responsables du promoteur.
Il fallait comprendre la dette actuelle, mais aussi pourquoi la cliente en était arrivée là.
Séparer les deux biens
Avec deux biens, on ne peut pas regarder seulement la somme globale. Il faut distinguer pour chacun :
- combien a été payé pour le premier ;
- combien pour le second ;
- quelles échéances sont en retard ;
- quel solde reste dû ;
- quelles conséquences pour chaque contrat.
Sans cela, le client ne peut pas décider correctement.
Demander la position officielle du promoteur
Nous lui avons demandé de confirmer :
- un relevé séparé pour chaque bien ;
- le montant exact des arriérés ;
- s’il existe des pénalités de retard ;
- si l’un des biens peut être vendu ;
- si l’autorisation de transfert du promoteur peut être obtenue ;
- les conditions du transfert ;
- les frais supplémentaires applicables ;
- si l’acquéreur peut régler la dette dans le cadre de la vente.
C’était important : la cliente voulait initialement vendre un bien et conserver l’autre.
Répondre formellement avant l’échéance
Le plus important est alors de ne pas garder le silence.
Nous avons envoyé une réponse officielle avant l’échéance pour éviter que le promoteur y voie une absence de réaction. La lettre précisait que la cliente souhaitait un règlement, ne reniait pas ses obligations et demandait de suspendre la procédure pendant les discussions.
Cela a permis de gagner du temps et de passer du manquement formel à la négociation.
Demander une révision de la pénalité
Nous n’avons pas contesté l’existence de la dette principale. Les sommes dues selon l’échéancier sont généralement plus difficiles à contester, surtout lorsqu’elles figurent au contrat de vente signé.
Nous avons toutefois invoqué la confusion sur l’échéancier et la répartition des paiements pour demander un geste commercial au promoteur.
Notre position : la cliente était de bonne foi, ne s’était pas cachée, avait déjà payé des sommes importantes ; le malentendu venait de la structure complexe des deux biens et des échanges précédents.
Nous lui avons donc demandé d’envisager :
- la suppression de la pénalité de résiliation ;
- sa réduction ;
- ou l’augmentation du montant transféré vers le bien conservé.
Obtenir les conditions finales avant signature
Avant d’accepter le regroupement des engagements des biens, souvent appelé aux Émirats consolidation, il faut une confirmation écrite précisant :
- quel bien est annulé ;
- quel montant est retenu ;
- quel montant est transféré ;
- quel bien reste actif ;
- le solde à payer à la remise des clés ;
- s’il y a des frais supplémentaires ;
- si le risque de manquement est levé ;
- comment signer les documents ;
- si la signature à distance ou par procuration est possible.
Il ne faut pas accepter oralement. Tout doit être écrit.

Pourquoi vendre ne règle pas toujours la situation
Beaucoup de clients disent alors : « Vendons simplement le bien. »
Mais ce n’est pas toujours aussi simple sur plan.
En présence de sommes impayées ou en retard, le promoteur peut refuser l’autorisation de transfert, souvent appelée aux Émirats NOC, soit No Objection Certificate, certificat de non-objection. Il peut aussi refuser de lancer la procédure elle-même, souvent appelée transfer, tant que la dette n’est pas réglée.
On peut donc proposer le bien à la vente, mais la transaction peut être impossible sans participation ni accord du promoteur.
Dans ce cas, le promoteur a confirmé une revente possible en principe, mais seulement après règlement de toutes les sommes dues et des frais applicables.
La stratégie « trouvons un acheteur demain » ne suffisait donc pas.
Il fallait voir plus large :
- peut-on solder la dette avant le transfert ;
- l’acquéreur peut-il payer une partie directement sur le compte séquestre du projet ;
- le promoteur acceptera-t-il une procédure convenue ;
- le coût total ne sera-t-il pas trop élevé pour l’acquéreur ;
- vendre avec une forte décote ne serait-il pas pire que regrouper les engagements.
Résultat : une pénalité divisée par deux
Après plusieurs courriers, précisions et une demande de réexamen, le promoteur a confirmé que la cliente était prête à retenir le regroupement.
Il a accepté, à titre de geste de bonne volonté, de diviser par deux la pénalité d’annulation d’un bien.
La pénalité initiale était d’environ 74 888 AED. Après réexamen, elle est passée à 37 444 AED.
Le nouveau calcul était bien plus supportable :
- payé sur le bien annulé : environ 474 397 AED ;
- pénalité réduite : environ 37 444 AED ;
- montant transféré au bien conservé : environ 436 953 AED ;
- nouveau solde à la remise des clés : environ 393 975 AED.
C’est important : le client perd toujours un bien, mais la perte financière diminue. Presque toutes les sommes versées sur le bien annulé ne disparaissent pas ; elles sont transférées au bien conservé.
L’économie par rapport à l’option initiale était d’environ 37 444 AED.
Pourquoi une partie de la pénalité a été maintenue
Le promoteur a expliqué qu’une commission d’agence avait été payée lors de la vente initiale et qu’après résiliation, selon lui, il ne pouvait pas la récupérer auprès de l’ancien agent.
C’est ainsi qu’il justifiait le maintien d’une partie de la pénalité.
Cela ne signifie pas que l’agent reçoit de nouveaux fonds maintenant. Il s’agit, selon l’explication du promoteur, de la commission versée lors de la vente initiale.
C’est désagréable pour le client, mais la négociation a amélioré les conditions : pénalité divisée par deux et montant transféré augmenté.
Pourquoi parler de victoire partielle ?
Dans l’idéal, le client aurait gardé les deux biens et vendu l’un comme prévu. En réalité, il y avait déjà arriérés, notification de manquement et risque de perdre les deux.
À ce stade, le but était de limiter les dégâts, pas d’obtenir un scénario idéal.
Ce qui a été obtenu :
- réponse du client avant l’échéance ;
- pas de dérive vers un manquement sans réaction ;
- discussion d’un règlement par le promoteur ;
- structure écrite de la solution ;
- pénalité réduite de moitié ;
- montant transféré au bien conservé augmenté ;
- bien restant devant conserver son statut actif ;
- nouveau solde à la remise des clés inférieur à l’offre initiale.
Cela n’efface pas la perte d’un bien, mais devient une solution maîtrisée, et non la perte chaotique de deux contrats.
Que vérifier avant de signer l’accord ?
Même après amélioration des conditions, je déconseille de signer à l’aveugle.
Avant signature finale, il faut vérifier que l’accord précise explicitement :
- clôture du bien annulé sans obligations futures pour le client ;
- maintien du bien restant actif et sans statut de manquement ;
- montant transféré indiqué exactement ;
- solde à la remise des clés indiqué exactement ;
- absence de pénalités, frais administratifs ou paiements cachés supplémentaires ;
- procédure de signature claire ;
- signature à distance ou par procuration prévue si le client est hors des Émirats.
Il ne faut pas se fier aux commentaires oraux du responsable. Les chiffres finaux doivent figurer dans le document.
Et si le client était venu plus tôt ?
Avec un suivi actif dès le départ, la situation aurait pu être gérée plus en douceur.
Le courtier aurait dû vérifier régulièrement :
- l’échéancier à jour ;
- les sommes créditées à chaque bien ;
- les prochaines échéances ;
- la possibilité de revente ;
- les conditions d’autorisation du promoteur ;
- sa position sur les retards ;
- la stratégie anticipée de sortie d’un bien.
Surtout lorsque le client achète deux biens en prévoyant d’en vendre un.
Le marché n’est pas toujours mauvais, ni le promoteur toujours trop dur. Le problème est souvent l’absence de gestion après la vente.
La suite de la stratégie
Après règlement avec le promoteur, plusieurs scénarios restent possibles.
Stratégie 1 : garder le bien jusqu’à la remise des clés
Si le regroupement aboutit et qu’un bien garde un statut régularisé, il n’est pas nécessaire de le vendre dans la panique.
L’avantage : le bien devient plus lisible pour l’acheteur à l’approche de la remise des clés. Plus le chantier approche de sa fin, moins il y a d’incertitude, et plus il est facile d’évaluer bien, projet, délais et liquidité future.
Inconvénient : le client doit prévoir le paiement restant à la remise des clés.
Stratégie 2 : vendre vite après régularisation
Si le client doit sortir plus vite, le bien peut être proposé comme une véritable revente par un vendeur motivé.
Le prix doit rester réaliste. Sur le marché concurrentiel des studios, on ne peut pas choisir simplement « le prix qu’on veut ». Il faut regarder concurrents directs, surface, vue, échéancier, coût final pour l’acheteur et délai réel de vente.
Une vente rapide implique presque toujours une décote.
Stratégie 3 : vendre près de la remise des clés
C’est à mon avis plus raisonnable si le client peut attendre.
À l’approche de la remise des clés, le bien peut devenir plus liquide : délais plus clairs, moins de craintes sur le chantier, estimation plus facile des loyers et usages futurs.
Si le marché d’Al Marjan Island continue de croître et que l’intérêt pour Ras Al Khaimah persiste, vendre près de la remise des clés pourrait permettre de sortir à l’équilibre ou avec une perte moindre.
Il ne faut toutefois promettre aucune hausse garantie. Le marché peut changer ; la stratégie doit rester souple.

Les leçons pour les acheteurs sur plan
Ce cas illustre plusieurs points importants.
Suivre l’échéancier soi-même et avec le courtier
Ne vous fiez pas aux explications orales. Ayez un relevé à jour et connaissez la prochaine échéance.
Suivre séparément chaque bien
Même chez un seul promoteur, les contrats, répartitions des paiements et risques sont différents.
Le travail du courtier ne finit pas à la signature
Un bon courtier doit poursuivre le suivi : aider à communiquer, rappeler les paiements, examiner les reventes possibles et intervenir avant le manquement au contrat.
Ne pas attendre le dernier jour
Répondez immédiatement à une notification de manquement. Même sans argent, il faut montrer que le client reste joignable et veut résoudre le problème.
Confirmer chaque décision par écrit
Un appel peut aider, mais la position finale doit figurer dans une lettre ou un document, surtout pour une résiliation, un transfert, un regroupement ou une suppression de pénalité.
Ma conclusion de courtier
Ma tâche n’était pas simplement de « vendre le bien ». La vente n’était qu’un outil possible.
Le but principal était de réunir les documents, reconstituer la réalité, stopper le risque de manquement, engager le promoteur dans un échange écrit, obtenir les conditions finales et aider à décider selon les chiffres plutôt que la panique.
Ces cas montrent pourquoi le client a besoin d’un courtier qui ne disparaît pas après la vente
L’immobilier aux Émirats peut être un solide outil d’investissement. Mais le sur-plan exige discipline, contrôle et accompagnement. Une erreur d’échéancier ou un manque de communication peut coûter des dizaines de milliers de dirhams, voire le bien entier.

Si l’immobilier à Dubaï vous intéresse, écrivez-moi en privé sur Telegram @alexander_nevsky ou appelez-moi par téléphone ou WhatsApp à Dubaï :
+971 50 503 1984
En savoir plus
Glossaire
Bien acheté avant la fin des travaux. L’acquéreur paie généralement selon un échéancier et reçoit les clés après l’achèvement du projet.
Calendrier des paiements du contrat. Par exemple : dépôt, paiements intermédiaires et dernier paiement à la remise des clés
Contrat juridique principal entre acquéreur et promoteur, fixant généralement prix, délais, échéancier et conséquences du retard.
Document souvent signé avant le contrat principal, qui fixe l’intention d’achat, la somme de réservation et les conditions de base.
Courrier officiel signalant un manquement de l’acheteur, le plus souvent un retard de paiement. Il est important d’y répondre vite et par écrit.
Confirmation écrite que le promoteur ne s’oppose pas à la revente ou au transfert à un nouvel acquéreur.
Transmission des droits de l’acheteur actuel au nouveau. Pour un bien sur plan, elle nécessite généralement le promoteur.
Vente avant la fin des travaux et la remise des clés. Il faut vérifier à l’avance l’autorisation du promoteur et les sommes à régler avant la transaction.
Compte bancaire dédié au projet où les acheteurs paient. Aux Émirats, ces comptes servent à protéger les fonds des acheteurs de projets en construction.
Accord pour regrouper la position financière de plusieurs biens. Par exemple, l’un est annulé et les fonds crédités sont transférés à l’autre.
Somme retenue par le promoteur à l’annulation. Le montant et les conditions figurent généralement au contrat.
Étape où le bien achevé est remis à l’acheteur. Le dernier paiement contractuel est souvent dû à ce moment.





@nevsky_alexander
Sur Instagram, Dubaï au-delà de la carte postale : la famille, la ville, les trouvailles et la vie entre deux projets. Sur Threads, des réflexions à voix haute sur le design et l’IA. Sur YouTube, des vidéos qui ont besoin de plus de place qu’une story. Retrouvez-moi là où vous vous sentez bien, et gardons le contact