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Chaque jour, la télévision nous invite à visiter les Canaries, la Thaïlande, Chypre, Malte et d’autres contrées exotiques. Mais moi, je veux mieux connaître ma petite patrie, la Bouriatie. Heureusement, je ne suis pas seul. Alors, chaque été, nous préparons nos sacs et partons en voyage.

Nous avons déjà parcouru le Khamar-Daban, le Saïan oriental, la chaîne de Bargouzine et la région du Vitim. Sur les sentiers, on rencontre toujours des romantiques avec un sac au dos et, comme il se doit, une guitare qui en a vu d’autres. Pour beaucoup, c’est une passion de toute une vie. Cet été-là, nous étions dans la partie centrale de la chaîne du Baïkal, pour une randonnée difficile et passionnante.

Le Hérisson est un col de montagne situé à 2 345 mètres d’altitude, coté 1B en difficulté. Notre groupe de douze est en route depuis plusieurs jours. Derrière nous sont restés le grondement des vagues du Baïkal, la ravissante plage « chaude » du cap Kotelnikovski et la gorge pittoresque de la Molokon, avec la cascade d’une beauté stupéfiante du Ruban de verre, dont on ne peut détacher son regard émerveillé.

Imaginez un torrent qui se précipite d’une hauteur immense sans toucher la paroi rocheuse sur ses 120 mètres de chute ! Cet effet de colonne de cristal comme suspendue dans l’air lui a valu le nom de Ruban de verre… Aujourd’hui, je me suis réveillé à cinq heures. Je suis sorti doucement du sac de couchage, me suis habillé et ai quitté la tente.

J’ai allumé le feu, apporté de l’eau et suspendu les marmites au-dessus des flammes. Un travail ordinaire, que chacun doit accomplir plusieurs fois par jour en randonnée. Après le petit déjeuner, nous partons vers le col. Nous dépassons un grand lac et traversons un ruisseau sur les pierres.

Au fond d’un immense cirque se trouvait ce col dont nous rêvions depuis si longtemps. Il nous a pourtant fallu encore beaucoup de temps avant d’arriver tout près. Et voici le col devant nous : névés raides, éboulis de petites pierres et dalles rocheuses. La visibilité est bonne.

Je continue à examiner aux jumelles le chemin qui nous attend. Peu à peu, une décision se dessine quant à la direction à prendre. Volodia Chalaguine et Viktor Nimaïev partent en reconnaissance pour arrêter définitivement le tracé de l’ascension. Bientôt, tout le groupe suit leurs pas.

Nous remontons le névé en taillant des marches avec la pointe de nos chaussures à semelles Vibram, en visant la rangée de dalles lisses la plus proche. Puis nous grimpons sur les dalles et débouchons sur une étroite vire rocheuse. Monter plus haut devient risqué. Nous gagnons le ressaut suivant à l’aide d’une corde.

Nous nous installons tant bien que mal sur la vire mouillée, tandis que Viktor Nimaïev poursuit pour fixer la corde suivante. Mais une seule ne suffit pas, et Volodia Chalaguine lui en fournit une seconde. Les cordes fixes permettent maintenant d’atteindre la crête du col. Plus de trois heures ont passé depuis le début de l’ascension.

Tout le monde est fatigué ; les uns ont les pieds trempés, les autres les mains gelées. Mais, comprenant qu’il ne reste qu’un dernier effort, nous nous ranimons et reprenons courage. Nous avons tracé la dernière portion au bord du névé. Le passage clé est une paroi de neige verticale, coupée à sa base par une crevasse sans fond.

Les mains serrent d’elles-mêmes plus fort la corde. Sentant le but tout proche, Guennadi Kozlovski s’élance en avant. Nous nous retrouvons tous sur une petite plate-forme pierreuse. Un cairn est visible sur la droite.

Il est 15 h 00. L’ascension du col a pris exactement quatre heures. Nous commençons par examiner le cairn et en retirons l’étui contenant un billet de passage. Quand nous ouvrons l’emballage, il s’avère qu’il y en a deux.

Ils ont été laissés deux ans auparavant par des groupes de Tchita et de Baleï. Pendant que je rédige notre billet de passage, les personnes de service préparent une collation. Tatiana Petrova nous distribue raisins secs et chocolat en guise de récompense. Un autre événement marque cette journée.

Notre ascension coïncide avec la célébration du 70e anniversaire de la création de la République de Bouriatie. Pour l’occasion, Irina Gofyngo a confectionné un fanion commémoratif. Nous plaçons notre billet dans une boîte étanche que nous déposons dans le cairn, puis fixons le fanion sur un alpenstock au-dessus. Vladimir Nevski, vétéran de la randonnée connu de beaucoup par l’émission « Club de randonnée Khamar-Daban », et Boulat Nimaïev, qui commence tout juste sa vie de randonneur et a eu douze ans peu auparavant, s’en chargent sous nos « Hourra ! » unanimes.

Nous prenons une photo de groupe en souvenir. Il est temps de partir. Avant cela, je parcours une dernière fois du regard les rochers alentour. Soudain, je distingue nettement, sur un piton voisin, un amas de pierres qui ressemble à un hérisson hérissé au museau pointu.

Ces pittoresques rochers résiduels ont vraisemblablement donné son nom au col. Suivant les usages des randonneurs, dès le lendemain de mon retour j’écris aux responsables des groupes de Tchita et de Baleï. Quelle joie sincère de tenir entre mes mains, deux semaines plus tard, la réponse de Mikhaïl Tchirychev ! Que m’écrivait cet ami inconnu ?

Il me remerciait de tout cœur de ma lettre ; il était manifeste qu’il se remémorait ce voyage avec plaisir. Mais une question continuait de m’intriguer : pourquoi les gens de Tchita semblaient-ils considérer ce col comme le Solnetchny, le « Col ensoleillé » ? Deux ans plus tard, Mikhaïl revient sur ce souvenir : « … Nous avons abordé le col du côté du ruisseau Dlinny en fin de journée. Le temps était couvert et un épais brouillard enveloppait le col. »

« Nous avons aussitôt préparé la descente. Mais une certaine hâte et les conditions météorologiques difficiles nous ont probablement empêchés de situer précisément notre position. Le cairn ne contenait pas de billet. Franchement, nous étions perplexes : était-ce bien le bon col ? »

« Nous avons donc supposé qu’il s’agissait du col Solnetchny et l’avons indiqué dans notre billet. Nous n’avions pas le temps d’attendre une amélioration du temps ; le col Galkine nous attendait encore. » Après cette petite digression, reprenons notre itinéraire. Du col du Hérisson, nous sommes descendus dans la vallée verdoyante de la Kourkoula-Lenskaïa.

Les ruisseaux qui dévalent ici des montagnes alimentent la Léna, le grand fleuve sibérien. Après la neige et la glace, après le chaos des pierres, la verdure abondante et les étonnantes clairières fleuries nous semblaient particulièrement éclatantes. Nous étions, pourrait-on dire, passés de l’hiver à l’été. La moitié du parcours était alors derrière nous ; il en restait autant.

Nous devions encore franchir de nombreux gués, progresser hors sentier et passer de nouveaux cols, Lougovoï et la Rose des vents. Bien du temps a passé depuis ces journées, mais la mémoire en garde le souvenir. Je peux l’affirmer : chacun des cols franchis nous est resté en mémoire, mais c’est sans aucun doute celui du Hérisson qui a laissé l’impression la plus vive et la plus durable. Dans son ensemble, la chaîne du Baïkal enchante par ses neiges éternelles et ses glaciers, ses lacs de montagne émeraude, ses sources chaudes curatives et ses sculptures de pierre façonnées par le soleil, le vent et l’eau.

Pour en voir toutes les curiosités, il faut entreprendre plus d’une randonnée au cœur de la chaîne. Bon voyage à vous !