En feuilletant mes carnets de voyage, j’ai ouvert celui de 1981. Ma femme et moi avions fait une croisière dans les pays de la Baltique et de la mer du Nord pour nos noces d’argent. Voici une note à citer mot pour mot : « Notre croisière passait par tous les pays scandinaves. Et la première impression à l’approche des côtes est leur ressemblance avec la nature de notre Podlemorie. »
Les nombreuses îles rocheuses couvertes de pins, entre lesquelles notre paquebot devait louvoyer, et les baies pittoresques rappelaient les îles et criques exotiques du golfe de Tchivyrkouï au Baïkal. Nous voilà en Norvège… À Oslo, on voit d’abord la place Fridtjof-Nansen et son buste de granit sombre près de l’hôtel de ville. Une large rue reliant le centre au fjord d’Oslo porte le nom de Roald Amundsen. »
La Norvège honore particulièrement ces grands explorateurs polaires ; le célèbre Fram, navire de Nansen et d’Amundsen, est placé sous un toit de verre. Je crois pouvoir être fier d’être monté sur son pont et d’avoir tenu sa barre. À vingt-huit ans, Nansen était devenu célèbre : le premier, il avait traversé à skis la calotte du Groenland. Puis vint l’expédition vers le pôle Nord.
Fridtjof était un ami de notre pays. Son nom restera à jamais dans l’histoire de l’exploration de la planète Terre. Quand mon fils eut dix ans, je lui offris le livre « Fridtjof Nansen » avec cette dédicace : « À mon cher fils Aliocha ! Je te conseille de prendre pour modèles de ta vie des hommes aussi désintéressés et courageux que F.
Nansen. » Aujourd’hui encore, notre idée de la Norvège est souvent associée aux noms de Nansen et d’Amundsen ; en Norvège même, ils ont reçu l’hommage qu’ils méritent. Roald Amundsen a particulièrement illustré le peuple norvégien en découvrant le pôle Sud de la planète en décembre 1911. Pendant mon bref séjour en Norvège, j’ai aimé ces gens vaillants et courageux.
Une plaisanterie m’est restée : « Chez nous, l’enfant se met d’abord sur des skis, puis apprend à marcher. » Pour terminer ces souvenirs, j’ajouterai ceci. J’ai un jour visité la côte de la mer de Kara, presque toujours couverte des glaces de l’océan Arctique. À la jumelle se voyaient les puissantes silhouettes des brise-glaces Mourmansk et Vyborg au mouillage.
Près du port se dresse un obélisque au marin norvégien Tessem. En 1922, sur la côte face à l’île Dikson, à quatre kilomètres seulement de la station polaire, on trouva des restes humains. Dans la poche d’un vêtement décomposé était une montre en or gravée au nom de Tessem.
À côté, dans un paquet étanche, des lettres et rapports scientifiques de l’expédition Amundsen. Ses compatriotes ont depuis érigé un monument à l’endroit de sa mort : un bloc de granit noir entouré de chaînes d’ancre. Ainsi ai-je vu des traces norvégiennes sur la terre de Sibérie.

@nevsky_alexander
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